Julia Verlanger, L’intégrale, Volume 1
En relisant les articles publiés sur le blog, il m’a semblé que, malgré tout, je faisais la part belle à la littérature classique, quand bien même je parle de livres d’occasion. Or ce blog se veut être le blog de tous les livres ! Nul noblesse parmi nous ! Si certains auteurs classiques ont écrit quelques textes si fantastiques qu’il nous semble aujourd’hui difficile, voir impossible, de prétendre les égaler, il ne reste pas moins que certains auteurs contemporains réussissent à nous plonger dans des univers souvent originaux, et on en ressort pas toujours indemne…
C’est le cas, par exemple, de Julia Verlanger.
Les lecteurs de science-fiction la connaîtront certainement, les bibliophiles quant à eux n’en auront sûrement jamais entendu parler. Mais qui est donc Julia Verlanger?
De son véritable nom Éliane Taïeb, elle est plus connue par ses pseudonymes, Gilles Thomas ou Julia Verlanger. Née en 1929, elle publie son premier texte en 1956 dans la revue Fiction : il s’agit de la nouvelle Les Bulles. Vous pourrez aujourd’hui la trouver dans le premier volume de l’intégrale paru chez Bragelonne, nommé La terre Sauvage, et contenant également la trilogie de L’Autoroute sauvage. C’est justement de ce livre que je souhaitais vous parler.

Commençons donc par Les Bulles. Déjà ici la marque de l’auteur est présente. Si, contrairement à ses futurs romans, le personnage n’est pas un jeune homme, mais une petite fille, on pourra aisément justifier ce choix à la lecture du texte. Les Bulles est une histoire de la faiblesse. Faiblesse de la condition du personnage principal, faiblesse dans les choix fait par les personnages secondaires, mais surtout faiblesse de l’humanité qui, ne sachant plus où elle en est, se perd dans le fanatisme. Le stéréotype de la petite fille traversant ce monde trop fou pour son esprit encore innocent s’adapte très bien au type du texte. Écrit à la manière d’un journal intime, cette nouvelle nous fait entrer dans la tête de la fillette et crée un décalage perturbant entre le langage enfantin et le tragique des situations décrites.
Car Julia Verlanger, c’est aussi une écriture particulière. Fluide, simple sans être simpliste, certains pourraient dans un premier temps prendre son style pour du « roman de gare »… Il n’en est rien. Derrière l’apparente simplicité de l’écriture (et de la lecture), ce sont des personnages vrais qui prennent vie. Pas de détours métaphysiques et esthétiques, pas de longues tirades sur le passé et l’avenir. Si ces questions sont bien présentes, c’est en filigrane, car chez Verlanger, ce qui prédomine, c’est l’action.
« Installe-toi dans le présent, bon Dieu ! Et laisse le futur où il est. Il viendra bien assez tôt » (Les Hommes marqués)
C’est notamment le cas dans le cycle de l’Autoroute sauvage, qui constitue la grosse partie de ce premier volume de l’intégrale. Nous suivons Gérald, encore un personnage très stéréotypé. Lui, c’est le rebelle, le réfractaire à toute règle… sauf les siennes. Car, lorsqu’on arpente en solitaire une France dévastée par une guerre bactériologique, où abondent cannibales, fanatiques et autres bestioles mutantes, il faut bien adopter une conduite particulière pour espérer survivre. Car c’est bien de ça qu’il est question dans tout bon roman post-apocalyptique qui se respecte : la survie ! Manger de la chair humaine ? Si il n’y a que ça… Mais lorsque la survie dépend du contrôle d’un territoire, et que l’ennemi n’est rien d’autre qu’un groupe de gamins qui lui aussi lutte pour survivre, tout devient plus compliqué… En tous cas pour le lecteur des années 2000 ! Car on entre dans le livre avec notre lot de morale et de bons sentiments. Le personnage qui, lui, vit dans le contexte, n’a pas ce genre de considérations. Enfant ou pas, un adversaire est un adversaire. Si l’un d’entre nous doit mourir, la question ne se pose qu’une fois, et la réponse ne tarde pas…
Pour terminer, j’aimerai citer cette phrase d’une chronique du blog beatitude qui, il me semble, résume bien ce qu’est la littérature et le style de Julia Verlanger :
« Voilà une personne qui avait vraiment compris ce qu’était la vraie littérature populaire : accessible sans être niaise, simple sans être simpliste, lisible sans être mal emmanchée. »
Éliane Taïeb est décédée en septembre 1985, mais Julia Verlanger restera comme un classique de la science fiction française (comme quoi, on en revient toujours aux classiques!). Un prix portant son nom est décerné chaque année pour récompenser des romans de science-fiction ou de fantasy, et plusieurs auteurs avouent clairement l’influence qu’à eu Julia Verlanger sur leur propre production littéraire. Citons en particulier Thomas Geha, dont le roman A comme Alone est un véritable hommage à L’Autoroute Sauvage.


Nice to read your blog